Eglise Saint-Loup

Eglise de Bléneau

L’Eglise Saint-Loup est inscrite aux Monuments Historiques (1939). Cet article vous détaillera l’histoire du monument et les éléments remarquables qui y sont visibles.

Le texte sélectionné pour décrire l’église de Bléneau a été rédigé par Aristide Dey (membre de la société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne) et publié en 1852 dans l’ouvrage Etudes Historiques sur le canton de Bléneau. Vous pouvez consulter l’intégralité de l’ouvrage numérisé sur ce lien

L’église de Bléneau construite vers la fin du Vème siècle a dû être ruinée, rebâtie, et détruite encore vers la fin du XIème. Une colonne romane, trouvée dans les fouilles, près de l église sur l’emplacement de l ancien cimetière chrétien semble, démontrer que l édifice dont elle a été détachée était d’une époque où l’art architectural avait acquis déjà une assez grande perfection. Quant à l église actuelle, elle appartient, bien certainement, dans ses parties les plus notables, à la fin du XIIème siècle.

Les caractères architectoniques du chœur, étudiés en eux-mêmes et considérés au point de vue d’une méthode absolue, le placeraient même au nombre des constructions de la première moitié de ce siècle. Mais il ne faut jamais perdre de vue, dans l’appréciation de ces caractères, la position spéciale de la localité qui les fournit. L’influence incontestable des grands monuments sur les petits n’a pu s exercer que par des types déjà édifiés, en sorte que les imitations qui en ont été faites peuvent être quelquefois de beaucoup postérieures à ces types, surtout s’il n’en existait pas, dans la contrée, d’un ordre architectonique plus moderne.

Quoiqu’il en soit le chœur de l’église de Bléneau a été bâti sous l’influence des plus belles inspirations de la foi.

L’architecture romane des siècles précédents traduisait encore les souvenirs des catacombes : c’était les semences de la foi, germées sous la terre, essayant de s’épanouir au grand jour en arcs de triomphe.

Ici le plein cintre est conservé dans les fenêtres dont les arêtes se dissimulent sous des tores, mais le grand système d’arcature est ogival, et l’ogive est une pensée nouvelle : c’est la foi triomphante, élevant directement au ciel ses émanations désormais libres sur la terre.

Le chœur est relativement allongé et d’une ornementation sévère. La croisée s’étend, à droite, sous la tour et correspond avec la nef qui, de ce côté se prolongeait jusqu’à l’abside, mais sans faire enceinte autour d’elle. A gauche, la travée qui forme la croix du transept fut fermée au niveau du chœur, et la partie ainsi retranchée de la nef constitua la chapelle seigneuriale. Cette chapelle est mise en communication avec le chœur par un arc à plein cintre déprimé, parfaitement en harmonie avec l’inscription Fidei vis, nescia solvi (La force de la foi ne connaît pas la ruine). Un pilastre renaissance, placé là, on ne sait quand, y fait seul un contresens regrettable.

La nef de droite communiquait avec le chœur par un arc semblable ; mais on emprunta depuis, pour servir de sacristie, la partie supérieure de cette nef comme on l’avait fait, à gauche, pour la chapelle du seigneur, et l’arc fut remplacé par une porte. Cette porte se trouvait en partie dissimulée par les colonnes en marbre noir d’un tombeau. Les deux épitaphes, placées dans les entre-colonnements et existantes encore aujourd’hui, sont ainsi conçues.

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A droite :

Cy gist madame Emmée du Chesnay en son vivant fême et espouse de très-hault et très-illustre seigneur du sang royal de France, Monsieur Gaspard de Courtenay seigneur de Bléneau, Villard, Lermitte et la mothe Me Raoulx, laquelle décéda le Xe jour de mai mil Vie IIII. Priez Dieu pour elle.

A gauche :

Cy gist très-hault et très-illustre prince Mgr Gaspard de Courtenay, seigneur de Bléneau, Villard, Lermitte et La mothe-Mre Raoulx, lequel est décédé le Ve jour de janvier mil VIe VIIII. Priez Dieu pour lui.

Et entre les deux :

Superent exempla nepotes (Que nos descendants surpassent nos exemples)

Le style de ce qui reste de ce tombeau appartient tout entier au faire de la renaissance.

Quant au surplus de l’église intérieure, il ne mérite ni analyse, ni critique. Mais le portail, composé de trois colonnes romanes de chaque côté, sur lesquelles reposent des tores et des nervures sculptées d’un excellent travail, serait irréprochable, en lui-même, si la porte à plein cintre qu’il encadre n’avait pas perdu, par l’exhaussement du sol de l’église, son élévation primitive. On regrette toutefois encore qu’il soit posé en relief contre le gros mur au lieu d’être pris dans son épaisseur.

La tour n’a plus rien de la grâce qu’elle dut avoir. A partir de la plate-forme actuelle commençait un ordre nouveau richement ornementé, à en juger par la base des colonnettes qu’on y aperçoit encore. Cette partie supérieure de la tour a été détruite par la foudre vers 1680.

Si l’on remarque que le chœur, le portail et la tour de l’église de Bléneau sont construits tout entiers en pierres dures, de moyen appareil, dans une contrée où les matériaux de cette nature n’existent pas, on trouvera, dans cette construction, un luxe véritablement princier, et cette circonstance seule, d après les principes indiqués par M. Quantin, en révélerait l’origine.

En effet la maison de saintVerain, qui possédait alors Bléneau, était une des plus riches de l’Auxerrois, et Gibaud, qui fut le premier baron de ce nom. était assez puissant pour oser prendre, en 1150 les armes contre Guillaume, comte d’Auxerre.