Napoléon III et la révolte en Puisaye.

Le texte qui suit se rapporte à une période peu connue de l’histoire de la Puisaye. Celle ci a fait l’objet d’un travail universitaire à l’université de Nanterre Paris X Denis Martin ; direction Francis Demier – juin 1995.

Les écrits ci-après en sont tirés.

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Le 19 ème siècle a connu plusieurs révolutions.En 1848 la royauté fut abolie. La seconde république lui succéda pour quatre ans (février 1848, décembre 1852).

En février 1848 l’enthousiasme est à son comble. L’église salue les arbres de la liberté, les autres classes sociales sont en harmonie.

Tout le monde crie « vive la République ».

Une seule exception celle des légitimistes qui souhaitent voir la restauration de la monarchie.

Le grand débat est celui de:

L’Etat doit il intervenir pour corriger les inégalités, organiser le travail, le crédit…

L’Etat doit il être libéral et laisser jouer les lois du marché.

Il y a même un débat sur le drapeau: doit il être rouge ou tricolore?

Ces débats qui passionnent la société française ont un prolongement à l’Assemblée nationale où se créent deux groupes.

Le groupe majoritaire est composé de légitimistes, d’anciens orléanistes, de libéraux. C’est le parti de l’ordre.

Le groupe minoritaire est composé de partisans de la République sociale. On les appelle les démocrates socialistes ou « dem-soc ».

Ce groupe de pensée gagne des suffrages lors des élections entre février 1848 et décembre 1851.

Une farouche bataille politique se livre. Les majoritaires arrivent à exclure des listes électorales près de trois millions de personnes qui ne payent pas d’impôts. Des lois restreignent les liberté des clubs et de la presse.

L’influence des « dem-soc » gagne les campagnes. Des scores de 40 à 60% sont constatés dans certains départements. La propagande s’étend dans les villages grâce au réseau (peu coordonné) de sociétés secrètes.

En 1852 ont lieu les élections pour la chambre des députés et le Président de la République.

C’est une échéance très attendue.

Le Président en exercice (élu en 1848) est Louis Napoléon Bonaparte. Il ne peut se représenter compte tenu des termes de la Constitution.

A plusieurs reprises il a tenté de faire modifier la Constitution afin de pouvoir se présenter aux élections de 1852. Il a essayé de rétablir le suffrage universel. Il comptait sur les voix du peuple.

Fin 1851 trois forces sont en présence

Le peuple qui attend les élections pour avoir une république sociale

Le parti de l’ordre qui veut conserver l’ordre ancien

Le Président qui veut se faire réélire.

La situation change du tout au tout dans la nuit du 2 décembre 1851. Louis Napoléon Bonaparte organise un coup d’Etat. Il proclame l’état de siège, dissout la chambre et rétablit le suffrage universel..

Il organise un plébiscite.
La réaction de la province est forte. (Lot et Garonne, Gers, Hérault, Allier, Nièvre, Yonne, Var, Basses Alpes, Drôme).

Quand à Paris le mouvement est faible et vite réprimé. Il est achevé quand la province réagit.

En France on sonne le tocsin et l’on prend les armes.

Le 5 décembre 1851 à Clamecy des milliers de paysans se regroupent.La troupe est envoyée pour la répression qui sera très forte. Les villages insurgés sont occupés par la troupe. Il y a plusieurs dizaines de milliers d’arrestations à travers toute le France.

28.000 personnes seront condamnées à des peines diverses.

L’historien Ted W. Margadant affirme que c’est la plus grande répression connue entre « la terreur blanche » de 1815 et la répression de la résistance en 1944.

La répression s’exerce au moyen de commissions mixtes (une Préfet, un Général, un Procureur).

Maurice Agulhon cite les chiffres (1848 ou l’apprentissage de la République).

239 condamnés à la transportation à Cayenne

4549 condamnés à la transportation en Algérie en résidence forcée

5032 condamnés à la transportation en Algérie en résidence libre

980 condamnés à l’exclusion du territoire Français

640 condamnés à l’éloignement

2827 condamnés à la prison

5194 condamnés à la mise sous surveillance

Seuls 5837 sont remis en liberté.

Il faut ajouter à ces chiffres les exilés volontaires condamnés par contumace.

Dès 1853 des mesures de clémence commencent à être prises

Que s’est il passé dans l’Yonne

La nouvelle du coup d’Etat arrive à Saint-Florentin le 4 dédembre. Les démocrates se réunissent au café Lagrand. Ils envoient deux émissaires à Auxerre pour connaître les intentions au chef lieu.

A leur retour il est décidé d’organiser une manifestation pour réclamer des armes et marcher sur Auxerre.

Les autorités locales s’y opposent et le Maire fait crever le tambour qui est le symbole de l’autorité. Les insurgés continuent la route mais ne recueillent pas de soutien manifeste.

Les personnes qui composent le mouvement sont issus de la petite bourgeoisie acquise aux thèses sociales ce qui expliquerait le peu d’écho.

A Avallon le rassemblement est plus houleux mais là aussi le mouvement tourne court.

La révolte est forte à Clamecy; la ville est aux mains des rouges. Sougères est la première ville de l’Yonne en insurrection.

En face le parti de l’ordre organise la résistance avec l’aide de la troupe. Ce mouvement à Coulanges sur Yonne évite probablement l’embrasement du sud du département.

Que s’est il passé en Puisaye

Le 6 décembre les événements s’emballent. Dans de nombreux villages on sonne le tocsin. Pour les communes voisines de Bléneau on peut citer Champcevrais, Rogny, Saint-Fargeau, Moutiers. Ceci a un effet de contagion sur des communes du Gatinais.

Des hommes se regroupent, drapeau rouge en tête, battant le tambour et chantant des chants révolutionnaires. Les premières étapes sont Bléneau, Saint-Fargeau, Saint-Sauveur.

De Bléneau on regouppe des hommes de Champcevrais, de Saint-Privé et de Rogny.

Alexandre Dethou, ancien maire destitué pour ses opinions avancées joue un rôle essentiel.

« Les socialistes de Bléneau (…) se sont armés de faux et de serpes et ils étaient déjà réunis pour se mettre en marche par le ville, quand une patrouille de la garde nationale les a dispersés ». Six arrestations ont eu lieu. Quand les prisonniers de Bléneau arrivent à Saint-Fargeau la foule désarme les gardes nationaux et les libère.

Les événements n’iront pas plus loin dans ces deux cantons . Le démantèlement des sociétés secrètes , le novembre précédent, a privé les gens de leurs chefs démoc-soc.

A Toucy un deuxième acte s’est joué de façon plus sévère.

Le maire rapporte: « Le lendemain, 6 décembre, était jour de foire à Toucy. Dès le matin des bruits vaques circulant parmi la foule y avaient jeté l’agitation. A midi, le Sr Lévêque d’Auxerre était arrivé chez Chauvot et avait prévenu qu’il allait se lever. On avait en conséquence envoyé des émissaires dans les communes voisines.

La nuit un soulèvement général devait avoir lieu… La ville de Toucy était ….indiquée comme lieu de concentration à l’armée insurrectionnelle de toute la Puisaye…

A sept heures le conseil municipal réuni déclara à l’unanimité qu’il fallait se défendre… La compagnie de pompiers arriva ainsi qu’un grand nombre d’habitants en partie armés de fusils de chasse. Le nombre des défenseurs s’éleva à 117. »

« La colonne entière présente un effectif de 400 hommes…. On les exhorte à ne pas craindre les 150 gardes nationaux retranchés à l’Hôtel de ville, à foncer au contraire sur eux…. Près de la ville on fait halte et on se décide d’envoyer des parlementaires. »

Ils sont arrêtés et l’un des deux blessé légèrement.

Les hommes rassemblés sur la place du marché déguerpissent sous la menace d’une fusillade.

Des bandes réunissent 1200 hommes et atteignent les faubourgs de Toucy.

« Bientôt malgré l’obscurité on peut distinguer la masse des insurgés qui avance tambour en tête. Ils s’arrêtent en attendant le qui vive de la troupe. Un coup de feu part de leurs rangs. Aussitôt monsieur Fistié commande à ses soldats : feu de peloton… Le feu s’engage…. Il ne cesse que quand la fuite de l’ennemi est devenue certaine….

La panique se communiqua aux bandes qui arrivaient par derrière et la fuite devint générale. »

Jusqu’au 10 décembre des insurgés parcourent les campagnes.Ils échouent.

Dans les jours qui suivent les villages de Puisaye sont occupés par le troupe.

Le canton de Bléneau aligne 318 démoc-soc et 99 condamnés. Au plébiscite de 1851 il y a 25 % de non malgré la répression. Aux municipales de 1852 ce sont les républicains qui l’emportent.